Définition et cadre légal de la sous-traitance
La sous-traitance est définie par la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 comme « l'opération par laquelle un entrepreneur confie, par un sous-traité et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant, l'exécution de tout ou partie du contrat d'entreprise conclu avec le maître de l'ouvrage ».
Cette loi — initialement conçue pour le secteur du bâtiment — a progressivement été étendue à l'ensemble des contrats de sous-traitance industrielle, intellectuelle et de services par la jurisprudence. Deux textes complémentaires encadrent également le régime :
- Les articles 1779 à 1800 du Code civil sur le louage d'ouvrage ;
- Les articles L.441-10 et suivants du Code de commerce sur les délais de paiement interentreprises.
Sous-traitance, portage salarial et co-traitance : ne pas confondre
| Forme | Qui répond du résultat ? | Lien contractuel avec le client final | Risque fiscal/social |
|---|---|---|---|
| Sous-traitance | L'entrepreneur principal | Aucun (sauf action directe) | Requalification en contrat de travail |
| Co-traitance (groupement) | Chaque membre pour sa part | Direct avec chaque co-traitant | Responsabilité solidaire si mandataire commun |
| Portage salarial | Le salarié porté + la société de portage | Via la société de portage | Requalification si pas d'agrément URSSAF |
Clause n°1 : l'objet et les livrables (fondamentale)
Comme dans tout contrat de prestation, la clause d'objet définit ce que le sous-traitant s'engage à produire. Elle doit être encore plus précise que dans un contrat direct, car deux niveaux de responsabilité sont en jeu : le sous-traitant répond au donneur d'ordre, qui lui-même répond au client final.
Une bonne clause d'objet dans un contrat de sous-traitance doit préciser :
- La nature exacte des livrables attendus (liste en annexe si nécessaire) ;
- Le niveau de qualité requis et les standards du marché applicables ;
- Les contraintes imposées par le contrat principal (cahier des charges du client final) ;
- La procédure de validation : qui valide les livrables, dans quel délai, avec quel formalisme ;
- Le sort des reprises et corrections : nombre de cycles de révision inclus, coût au-delà.
Clause n°2 : rémunération et délais de paiement
La rémunération du sous-traitant obéit aux mêmes règles que tout contrat B2B :
- Délais de paiement plafonnés à 60 jours nets ou 45 jours fin de mois à compter de la date de facturation (art. L.441-10 C. com.) ;
- Pénalités de retard au taux BCE + 10 points, exigibles de plein droit le lendemain de l'échéance ;
- Indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € due dès le premier jour de retard.
Le paiement direct : un droit fondamental du sous-traitant
La loi du 31 décembre 1975 accorde au sous-traitant qui n'a pas été payé par l'entrepreneur principal une action directe en paiement contre le maître de l'ouvrage (le client final).
Conditions de l'action directe
- Le sous-traitant doit être agréé par le maître de l'ouvrage (art. 3 de la loi). À défaut, il n'a pas d'action directe — mais il dispose toujours d'une action contre l'entrepreneur principal.
- L'entrepreneur principal doit être en défaillance de paiement (impayé à l'échéance ou mise en demeure restée sans effet).
- Le sous-traitant doit mettre le maître de l'ouvrage en demeure de payer par lettre recommandée.
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Créer mon contrat de sous-traitance →Clause n°3 : responsabilité du donneur d'ordre envers le client final
La sous-traitance ne transfère pas la responsabilité du donneur d'ordre vers le sous-traitant. Vis-à-vis du client final, l'entrepreneur principal reste entièrement responsable de l'exécution, y compris pour les défauts imputables au sous-traitant.
Le contrat de sous-traitance doit donc prévoir :
- Un droit de recours du donneur d'ordre contre le sous-traitant en cas de condamnation par le client final pour un défaut imputable au sous-traitant ;
- Une clause d'assurance obligeant le sous-traitant à maintenir une responsabilité civile professionnelle (RC Pro) couvrant les risques liés à la mission ;
- Un plafond de garantie cohérent avec le montant de la sous-traitance (évitez qu'un sous-traitant à 5 000 € soit exposé à des dommages-intérêts de 100 000 €).
Clause n°4 : propriété intellectuelle en sous-traitance
La question de la PI est particulièrement complexe en sous-traitance, car il existe trois niveaux : le sous-traitant crée, le donneur d'ordre intègre dans sa livraison, le client final reçoit.
Trois situations à distinguer :
- Le donneur d'ordre a cédé les droits au client final : il doit se faire céder ces droits par le sous-traitant avant la livraison — sinon il livre des droits qu'il ne possède pas ;
- Le sous-traitant conserve sa propriété intellectuelle : précisez explicitement que le client final ne reçoit qu'une licence d'usage, et que le sous-traitant reste propriétaire ;
- La création est un développement spécifique : prévoyez la livraison du code source, des fichiers de travail et des bibliothèques tierces avec leurs licences.
Clause n°5 : confidentialité et non-sollicitation
Le sous-traitant a accès à des informations sensibles : cahier des charges du client final, stratégie du donneur d'ordre, tarification, contacts. La clause de confidentialité est indispensable — et la clause de non-sollicitation l'est tout autant.
Non-sollicitation : protéger sa relation client
La clause de non-sollicitation interdit au sous-traitant de démarcher directement le client final du donneur d'ordre pendant et après la mission (généralement 12 à 24 mois). Elle est valable sans contrepartie financière en droit commercial — à condition d'être limitée dans le temps et dans son objet.
À l'inverse, une clause interdisant au sous-traitant d'exercer toute activité concurrente (clause de non-concurrence) nécessite une contrepartie financière et une délimitation géographique/temporelle précise pour être valable.
Le risque de requalification en contrat de travail
C'est le risque majeur en sous-traitance de services intellectuels. L'URSSAF, l'inspection du travail et les prud'hommes peuvent requalifier une relation de sous-traitance en contrat de travail si elle présente les caractéristiques d'un lien de subordination.
Les 4 indices de requalification retenus par la jurisprudence
- Exclusivité de fait : le sous-traitant travaille uniquement (ou principalement) pour le même donneur d'ordre depuis plus de 12 mois ;
- Intégration dans l'organisation : le sous-traitant utilise les outils, locaux, adresse mail ou badges du donneur d'ordre ;
- Contrôle des horaires et méthodes : le donneur d'ordre fixe les horaires de travail, les méthodes à utiliser ou surveille la présence ;
- Absence d'autonomie économique : le sous-traitant ne peut pas refuser de missions, ne fixe pas ses tarifs, ne développe pas sa propre clientèle.
Conséquences d'une requalification
La requalification prononcée par les prud'hommes ou constatée lors d'un contrôle URSSAF entraîne :
- Rappel de cotisations sociales sur 3 ans (parfois 5 en cas de fraude), majorées de pénalités ;
- Paiement des congés payés, 13e mois, primes correspondant à la durée de la relation ;
- Versement d'une indemnité de licenciement et de dommages-intérêts si la rupture est abusive ;
- Risque de travail dissimulé si l'intention frauduleuse est retenue (amende pénale, solidarité fiscale).
FAQ — Les questions fréquentes
Un contrat de sous-traitance doit-il être écrit ?
En droit commun, non — mais en pratique, l'absence d'écrit prive le sous-traitant de toute preuve en cas de litige. Pour les marchés publics, un contrat écrit est obligatoire. Rédigez systématiquement un contrat signé, même pour de petits montants.
Le sous-traitant peut-il facturer la TVA ?
Oui, si le sous-traitant est assujetti à la TVA. Attention : dans certains secteurs (BTP notamment), la TVA est auto-liquidée par le donneur d'ordre — le sous-traitant ne facture pas la TVA, c'est le donneur d'ordre qui la déclare directement.
Peut-on sous-traiter la totalité d'une mission ?
Légalement, oui — sauf clause d'intuitu personae dans le contrat principal interdisant la sous-traitance totale. En pratique, sous-traiter intégralement une mission sans y contribuer personnellement peut engager la responsabilité du donneur d'ordre si le client final n'a pas été informé.
Le maître de l'ouvrage doit-il être informé de la sous-traitance ?
Oui, selon la loi de 1975, le sous-traitant doit être agréé et accepté par le maître de l'ouvrage. En pratique, beaucoup de contrats de prestation intellectuelle ignorent cette formalité — ce qui prive le sous-traitant de son action directe mais ne rend pas la sous-traitance illégale pour autant.
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