Les mentions obligatoires du CDI
Le Code du travail n'impose pas la forme écrite pour un CDI à temps plein — mais l'absence d'écrit est une faute grave en pratique, car c'est l'employeur qui supporte le risque de preuve. La directive européenne du 19 octobre 2019 (transposée en droit français en 2022) a considérablement étendu les informations que l'employeur doit communiquer au salarié.
Le contrat doit impérativement mentionner :
- Identité des parties (employeur, salarié, siret de l'entreprise) ;
- Lieu de travail (adresse précise, ou mention que le salarié peut travailler à des adresses différentes) ;
- Intitulé du poste, grade ou catégorie d'emploi selon la convention collective applicable ;
- Date de début du contrat ;
- Durée des congés payés ou modalités de détermination ;
- Durée de la période d'essai (si applicable) ;
- Rémunération : salaire de base, fréquence de paiement, éléments constitutifs ;
- Durée du travail et, le cas échéant, les conditions des heures supplémentaires ;
- Convention collective applicable (mention obligatoire depuis 1994) ;
- Procédures de rupture : préavis, délais de notification.
Clause n°1 : la période d'essai
La période d'essai permet aux deux parties de rompre librement le contrat sans indemnités (hors cas d'abus), pendant une durée limitée. Elle ne se présume pas : elle doit être expressément stipulée dans le contrat.
Durées maximales légales (art. L.1221-19 C. trav.)
| Catégorie | Durée initiale max. | Renouvellement max. | Total max. |
|---|---|---|---|
| Ouvriers et employés | 2 mois | 2 mois | 4 mois |
| Agents de maîtrise et techniciens | 3 mois | 3 mois | 6 mois |
| Cadres | 4 mois | 4 mois | 8 mois |
Délais de prévenance pour rompre
La loi impose des délais de prévenance minimaux avant la rupture de la période d'essai :
- Rupture à l'initiative de l'employeur : 24h (présence < 8 jours), 48h (8 jours à 1 mois), 2 semaines (1 à 3 mois), 1 mois (au-delà de 3 mois) ;
- Rupture à l'initiative du salarié : 48h (réduit à 24h si présence < 8 jours).
Clause n°2 : rémunération fixe et variable
La clause de rémunération est souvent la plus disputée. Elle doit distinguer clairement le fixe et le variable, et préciser les modalités de calcul de chaque composante.
La rémunération variable : une clause à soigner particulièrement
La jurisprudence est constante : une rémunération variable non atteinte pour des raisons imputables à l'employeur (absence d'objectifs fixés, réorganisation qui empêche leur réalisation) doit être versée intégralement. Le juge octroie au salarié la moyenne de ses primes antérieures ou 100 % de sa prime variable si les objectifs n'ont pas été fixés.
La clause doit donc préciser :
- Le montant cible et les conditions pour l'atteindre ;
- La fréquence de fixation des objectifs (annuelle, semestrielle) et par qui ;
- Les critères de mesure (CA, marge, nombre de clients…) ;
- Le plafond éventuel (cap) et le plancher (minimum garanti en cas de résultats partiels) ;
- Les conditions de paiement (versement mensuel, trimestriel, annuel, critère de présence au moment du versement).
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Créer mon contrat CDI →Clause n°3 : durée du travail et heures supplémentaires
Pour un CDI à temps plein (35h), la clause doit mentionner :
- La durée hebdomadaire de travail (35h légales ou durée conventionnelle si différente) ;
- La convention de forfait annuel en jours si applicable aux cadres autonomes (218 jours/an, nécessite un accord collectif) ;
- Les éventuels aménagements du temps de travail (modulation, annualisation) ;
- Le régime des heures supplémentaires : taux de majoration (25 % jusqu'à la 8e heure, 50 % au-delà par défaut).
Clause n°4 : lieu de travail et clause de mobilité
Le lieu de travail indiqué au contrat délimite la zone géographique d'emploi. Une mutation hors de cette zone sans accord du salarié constitue une modification du contrat de travail — qui doit être acceptée ou peut être refusée.
La clause de mobilité
Pour pouvoir imposer une mutation géographique, l'employeur doit avoir inséré une clause de mobilité préalablement acceptée par le salarié. Cette clause est valable si elle :
- Définit précisément la zone géographique d'application (ex. : « territoire national », « région Île-de-France ») — une clause « monde entier » est réputée trop large ;
- Justifie la mutation par l'intérêt de l'entreprise et non par la volonté de nuire au salarié ;
- Respecte un délai de prévenance raisonnable avant la mutation effective ;
- Prend en compte la vie personnelle et familiale du salarié (art. L.1121-1 C. trav.).
Clause n°5 : le télétravail
Depuis la loi du 22 septembre 2017 et l'ANI du 26 novembre 2020, le télétravail peut être mis en place par accord collectif, charte ou accord individuel. Pour le sécuriser contractuellement, la clause doit préciser :
- Le nombre de jours de télétravail par semaine ou par mois (fixe ou flexible) ;
- Les jours obligatoirement prestés sur site ;
- Les plages horaires de disponibilité en télétravail ;
- La prise en charge des frais (connexion internet, matériel) — l'employeur est tenu de rembourser les frais professionnels ;
- Les conditions de réversibilité : qui peut y mettre fin, avec quel préavis.
Clause n°6 : non-concurrence — la plus délicate
La clause de non-concurrence est la clause la plus contentieuse du droit du travail. Depuis les arrêts fondateurs du 10 juillet 2002 (Cass. soc., Barbier et Arnaud), la Cour de cassation impose quatre conditions cumulatives de validité :
- Indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise ;
- Limitée dans le temps (12 à 24 mois en pratique) ;
- Limitée dans l'espace (zone géographique précise) ;
- Assortie d'une contrepartie financière versée au salarié après la rupture.
La levée de la clause
L'employeur peut généralement se libérer du paiement de la contrepartie en renonçant à l'application de la clause, dans le délai prévu au contrat (ou dans les 15 jours suivant la rupture si aucun délai n'est stipulé). Passé ce délai, la contrepartie est due même si le salarié ne respecte pas la clause.
Clause n°7 : confidentialité
Bien que le salarié soit soumis à une obligation générale de discrétion découlant du contrat de travail, il est recommandé de stipuler expressément une clause de confidentialité pour :
- Définir précisément les informations confidentielles (données clients, tarifs, savoir-faire, code source…) ;
- Étendre l'obligation après la rupture du contrat (3 à 5 ans) ;
- Prévoir une clause pénale dissuasive en cas de violation.
Attention : la clause de confidentialité ne peut pas interdire au salarié de signaler des faits illicites aux autorités compétentes (alerte éthique, lanceur d'alerte — loi Sapin II).
Clause n°8 : exclusivité
La clause d'exclusivité interdit au salarié d'exercer une activité professionnelle en dehors de l'entreprise (y compris à titre de micro-entrepreneur). Elle est valable si elle est :
- Indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise ;
- Justifiée par la nature de la tâche à accomplir ;
- Proportionnée au but recherché.
En pratique, elle est réservée aux postes avec accès à des informations stratégiques ou à fort risque de conflit d'intérêts. Elle ne peut jamais interdire les activités syndicales ou associatives.
Clause n°9 : dédit-formation
La clause de dédit-formation oblige le salarié à rembourser une partie des frais de formation si il quitte l'entreprise avant un certain délai après avoir bénéficié d'une formation coûteuse.
Pour être valable, elle doit :
- Avoir été signée avant le début de la formation ;
- Mentionner le coût réel de la formation à rembourser ;
- Prévoir une dégressivité du remboursement dans le temps ;
- Ne pas être disproportionnée par rapport au salaire du salarié.
Clause n°10 : inventions et créations du salarié
Par défaut, les inventions réalisées par un salarié dans le cadre de ses fonctions appartiennent à l'employeur (art. L.611-7 CPI). Mais cette règle admet des nuances :
- Inventions de mission (réalisées dans le cadre des fonctions) : appartiennent automatiquement à l'employeur, moyennant une rémunération supplémentaire si elles ont une valeur économique ;
- Inventions hors mission (sans lien avec le poste, hors temps de travail, sans moyens de l'entreprise) : appartiennent au salarié ;
- Inventions mixtes (créées hors mission mais avec des moyens ou connaissances de l'entreprise) : l'employeur a un droit de préemption.
Précisez contractuellement la procédure de déclaration des inventions et les modalités de rémunération supplémentaire.
6 pièges classiques qui finissent aux prud'hommes
- Clause de non-concurrence sans contrepartie financière → nulle, et le salarié libre de toute contrainte dès sa démission ;
- Période d'essai plus longue que le maximum légal ou conventionnel → réputée non écrite dans sa partie excédentaire ;
- Rémunération variable sans objectifs définis → l'employeur doit la verser intégralement ;
- Clause de mobilité « monde entier » → trop large, inopposable au salarié ;
- Forfait jours cadres sans accord collectif → nul, heures supplémentaires dues ;
- Dédit-formation signé après le début de la formation → inopposable au salarié.
FAQ
Un CDI peut-il être oral ?
Oui, pour un CDI à temps plein. Mais l'absence d'écrit ne protège pas l'employeur qui, en cas de litige, ne peut pas prouver les clauses convenues. En pratique, tout CDI doit être rédigé et signé avant la prise de poste.
Faut-il mentionner la durée du CDI ?
Non — par définition, un CDI est à durée indéterminée. Mentionner une durée dans un CDI (ex. : « pour une durée de 3 ans ») ne le transforme pas en CDD ; la clause est simplement réputée non écrite.
L'employeur peut-il modifier unilatéralement le contrat CDI ?
Non, pour toute modification substantielle (rémunération, poste, lieu de travail hors clause de mobilité). L'employeur doit obtenir l'accord écrit du salarié. Un refus de modification ne constitue pas une faute justifiant le licenciement, mais une cause réelle et sérieuse de licenciement économique si la modification était justifiée par des raisons économiques.
Quelle est la différence entre CDI et CDD ?
Le CDD est une exception légale : il ne peut être conclu que pour des raisons précisément listées par le Code du travail (remplacement, accroissement temporaire d'activité, saisonnier…). Tout CDD qui ne répond pas à ces critères est requalifié en CDI par les prud'hommes, avec paiement d'une indemnité de requalification d'un mois de salaire minimum.
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