Qu'est-ce qu'un CDD ?
Le contrat de travail à durée déterminée (CDD) est défini aux articles L.1242-1 à L.1248-11 du Code du travail. C'est l'exception : en droit français, le contrat de travail est par principe à durée indéterminée (CDI). Le CDD ne peut donc être utilisé que dans des cas strictement limités par la loi.
La règle d'or posée par l'article L.1242-1 : un CDD ne peut avoir pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise. Autrement dit, si le poste existe toujours quand le CDD se termine et qu'il est durable, vous risquez la requalification en CDI devant les prud'hommes — avec 6 mois de salaire d'indemnité minimum, plus rappels de salaire.
Les 5 motifs légaux autorisés pour un CDD
L'article L.1242-2 liste de manière limitative les cas dans lesquels un employeur peut recourir au CDD. En voici le détail :
1. Remplacement d'un salarié absent
C'est le motif le plus fréquent. Il couvre l'absence d'un salarié pour congé maternité, maladie, congé parental, formation, etc. Le CDD doit impérativement mentionner le nom et la qualification du salarié remplacé.
Cas particuliers : remplacement d'un salarié passé provisoirement à temps partiel, attente de l'arrivée effective d'un salarié recruté en CDI, ou remplacement d'un salarié dont le départ définitif précède la suppression de son poste.
2. Accroissement temporaire d'activité
Commande exceptionnelle, pic saisonnier (non récurrent), tâche occasionnelle précisément définie. Attention : un « accroissement temporaire » qui se répète chaque année au même moment n'en est plus un — c'est un emploi saisonnier (motif 3) ou durable (motif interdit).
3. Emploi saisonnier
Pour les activités dont les tâches se répètent chaque année à des dates approximativement fixes, en fonction du rythme des saisons (agriculture, tourisme, industrie agroalimentaire…). Peut être renouvelé sur plusieurs années avec le même salarié, contrairement aux idées reçues.
4. Emploi d'usage (« CDD d'usage »)
Réservé à certains secteurs listés par décret ou convention collective où il est d'usage constant de ne pas recourir au CDI (spectacle, audiovisuel, hôtellerie-restauration saisonnière, sport professionnel, enseignement, etc.). L'employeur doit prouver que le poste est structurellement temporaire.
5. Cas particuliers
- CDD senior (art. D.1242-2) : pour les demandeurs d'emploi de plus de 57 ans inscrits depuis au moins 3 mois — durée 18 mois, renouvelable une fois.
- CDD à objet défini (ingénieurs et cadres) : 18 à 36 mois, pour une mission précise dont le terme correspond à la réalisation de l'objet.
- CDD d'insertion / apprentissage / professionnalisation : obéissent à des régimes spécifiques.
Les 11 mentions obligatoires dans un CDD
L'article L.1242-12 du Code du travail impose un écrit obligatoire, transmis au salarié dans les 2 jours ouvrables suivant l'embauche. À défaut d'écrit, le contrat est présumé conclu à durée indéterminée (c'est la sanction classique).
Le CDD doit comporter les 11 mentions suivantes :
| N° | Mention obligatoire | Référence légale |
|---|---|---|
| 1 | Définition précise du motif de recours | L.1242-12 1° |
| 2 | Date de fin (ou durée minimale si terme imprécis) | L.1242-12 2° |
| 3 | Désignation du poste de travail et de la nature des fonctions | L.1242-12 3° |
| 4 | Intitulé de la convention collective applicable | L.1242-12 4° |
| 5 | Durée de la période d'essai | L.1242-12 5° |
| 6 | Montant de la rémunération et ses différentes composantes | L.1242-12 6° |
| 7 | Nom et qualification du salarié remplacé (si remplacement) | L.1242-12 7° |
| 8 | Nom et adresse de la caisse de retraite complémentaire | L.1242-12 8° |
| 9 | Nom et adresse de l'organisme de prévoyance | L.1242-12 |
| 10 | Clause de renouvellement (si prévue) | L.1243-13-1 |
| 11 | Signature des deux parties | L.1242-12 |
Durée maximale et renouvellements
La durée maximale du CDD dépend du motif :
| Motif | Durée totale max (renouvellements inclus) |
|---|---|
| Accroissement temporaire d'activité | 18 mois |
| Remplacement d'un salarié absent | 18 mois (ou fin d'absence) |
| Emploi saisonnier | 8 mois (ou fin de saison) |
| Commande exceptionnelle à l'exportation | 24 mois |
| CDD senior | 36 mois (18 + 18) |
| CDD à objet défini (cadres) | 36 mois |
| Attente prise de fonction d'un CDI | 9 mois |
Depuis 2018 (loi Macron), un CDD peut être renouvelé 2 fois, sans dépasser la durée maximale. Le renouvellement doit être prévu dans le contrat initial ou faire l'objet d'un avenant signé avant le terme du CDD en cours. Un oubli de formaliser le renouvellement = requalification automatique en CDI.
Le délai de carence
Entre deux CDD successifs sur le même poste, un délai de carence doit être respecté (art. L.1244-3) :
- 1/3 de la durée du contrat précédent si le CDD (renouvellements compris) dépasse 14 jours ;
- 1/2 de la durée si le CDD est inférieur ou égal à 14 jours.
Exceptions : absence prolongée du remplacé, travaux urgents pour raison de sécurité, rupture anticipée à l'initiative du salarié, refus d'un CDI à l'issue. Certaines conventions collectives peuvent déroger au délai de carence.
La période d'essai : des règles strictes
L'article L.1242-10 fixe la durée maximale de la période d'essai :
- 1 jour par semaine de contrat si le CDD est d'une durée inférieure ou égale à 6 mois, plafonnée à 2 semaines ;
- 1 mois maximum si le CDD est d'une durée supérieure à 6 mois ;
- 1 mois maximum pour les CDD à terme imprécis.
Pendant la période d'essai, chaque partie peut mettre fin au contrat sans indemnité, en respectant un délai de prévenance. Au-delà, la rupture anticipée est strictement encadrée (faute grave, accord des parties, force majeure, inaptitude médicale, embauche du salarié en CDI ailleurs).
Rémunération : un CDD ne peut pas être sous-payé
Principe d'égalité de traitement (art. L.1242-15) : un salarié en CDD doit percevoir une rémunération au moins égale à celle que percevrait un salarié en CDI de qualification équivalente occupant le même poste dans l'entreprise.
Cela inclut : salaire de base, primes fixes ou variables, avantages en nature, intéressement et participation (au prorata), tickets restaurant, etc. Un écart injustifié est sanctionné par les prud'hommes.
L'indemnité de fin de contrat (« prime de précarité ») : 10 %
À l'issue du CDD, le salarié perçoit une indemnité de fin de contrat égale à 10 % de la rémunération brute totale versée pendant toute la durée du contrat (art. L.1243-8). Cette indemnité s'ajoute à l'indemnité compensatrice de congés payés (également 10 %).
Exceptions (pas d'indemnité) :
- CDD saisonnier ou d'usage (secteurs listés par convention) ;
- contrats de formation professionnelle (apprentissage, professionnalisation) ;
- refus du salarié d'accepter un CDI aux mêmes conditions à l'issue du CDD ;
- rupture anticipée à l'initiative du salarié (hors cas spéciaux) ;
- rupture pour faute grave ou force majeure.
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Créer mon CDD →Les 7 erreurs qui coûtent cher (requalification garantie)
Erreur n°1 : un motif trop vague
« Accroissement d'activité » sans plus de précision, « besoin ponctuel » ou « remplacement » sans nom : la jurisprudence considère que le motif doit être vérifiable et précis (Cass. soc. 9 fév. 2022, n°20-21.816). Écrivez : « Remplacement de Mme Martin, Assistante commerciale, en congé maternité du 1er juin au 30 septembre 2026 ».
Erreur n°2 : l'absence d'écrit ou de signature dans les 2 jours
Pas d'écrit transmis dans les 2 jours ouvrables après l'embauche (48 h hors dimanche et jour férié) ? Requalification automatique en CDI. Le salarié peut même demander, en plus, une indemnité d'un mois de salaire minimum.
Erreur n°3 : un renouvellement informel
Un CDD ne peut être renouvelé que deux fois, et chaque renouvellement doit faire l'objet d'un avenant écrit signé avant la fin du contrat en cours. Un avenant signé 3 jours après le terme = nouveau CDD, donc délai de carence non respecté = requalification.
Erreur n°4 : dépassement de la durée maximale
18 mois, c'est 18 mois. Pas 18 mois et 3 jours. Au-delà, sauf motif spécifique (CDD senior, objet défini…), le contrat bascule automatiquement en CDI.
Erreur n°5 : des tâches durables
Même si la forme est parfaite, le CDD peut être requalifié si les tâches confiées relèvent en réalité d'un poste permanent de l'entreprise. Ex : un « accroissement temporaire » qui dure 18 mois dans un service où la charge est stable depuis 3 ans.
Erreur n°6 : oublier l'indemnité de précarité
10 % sur le brut total, c'est un droit du salarié. L'oubli donne lieu à un rappel aux prud'hommes avec majoration de 10 % de dommages et intérêts minimum.
Erreur n°7 : le délai de carence non respecté
Enchaîner deux CDD sur le même poste sans respecter le délai de carence d'1/3 ou 1/2 de la durée : requalification. C'est l'une des fraudes les plus sévèrement sanctionnées par les prud'hommes.
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Pour rédiger un CDD parfaitement conforme, deux options s'offrent à vous :
Option 1 : le modèle Word gratuit
Plusieurs sites institutionnels mettent à disposition des modèles de CDD, notamment service-public.fr. Attention : ces modèles sont génériques et nécessitent une personnalisation soigneuse pour chaque situation.
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- les 11 mentions obligatoires pré-remplies ;
- le calcul automatique de la période d'essai selon la durée ;
- le motif légal formulé juridiquement correctement ;
- l'indemnité de fin de contrat (10 %) pré-intégrée ;
- la clause de convention collective adaptée ;
- les formules « Lu et approuvé » pour signature ;
- un export PDF + Word prêt à signer.
FAQ — Questions fréquentes sur le CDD
Peut-on transformer un CDD en CDI avant son terme ?
Oui, à tout moment, par accord des deux parties. C'est même souvent apprécié par le salarié, puisque la « prime de précarité » n'est alors plus due, mais il acquiert la sécurité d'un CDI.
Un CDD peut-il être à temps partiel ?
Oui. Dans ce cas, il doit préciser la durée hebdomadaire de travail, la répartition des horaires entre les jours de la semaine, les conditions de modification de cette répartition, et les limites d'utilisation des heures complémentaires (art. L.3123-6).
Que se passe-t-il à la fin d'un CDD ?
Fin automatique à la date prévue (ou au retour du remplacé), sans préavis. L'employeur remet : certificat de travail, attestation France Travail (ex-Pôle emploi), reçu pour solde de tout compte, indemnité de fin de contrat (10 %), indemnité compensatrice de congés payés (10 %).
Un CDD peut-il être rompu avant le terme ?
Uniquement dans ces 5 cas (art. L.1243-1) : accord des parties, faute grave du salarié ou de l'employeur, force majeure, inaptitude constatée par le médecin du travail, embauche du salarié en CDI par un autre employeur (avec préavis).
Combien coûte une requalification en CDI ?
Au minimum : 1 mois de salaire d'indemnité de requalification (art. L.1245-2) + rappels de salaire + indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse (minimum 3 à 6 mois selon ancienneté, barème Macron). En moyenne 15 000 à 40 000 €. Plus le coût de l'avocat et le risque URSSAF de redressement.
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